Countless times, the body as a motive has been mobilized in the name of art, it is a theme sufficiently within reach to concern everyone. Often it is a question of a founding dichotomy like soul and body, but also of a space of resistance against the general commodification of experience. It is on this background that Yohan’s work becomes established, not as an affirmation of the body, but as an erasure that says the interstice linking the bodies. Through various amplification, translation and transcription processes, body movements are isolated and spatialized. The body thus splits, multiplies until it is annihilated, and one wonders what one can get out of the immersive events proposed by the artist.

Although some pieces like (IN)VISIBILITY of 2016, aspire to the spectacular, aligned with the tradition of Gesamtkunstwerk (or Total work of art), a certain precariousness of the nature of obsolete objects (neon that no more work), obsolete (the aesthetics of old video games), and wobbly (concrete, colsons), which he uses in the elaboration of his pieces, indicates that the object of the work is rather in the situation it is able to generate than on the technical exploit. The technological vestiges sometimes serve as a contemporary vanity, the assembly of the lit neon tubes make think of long candles that watch over the night of the church. The illusion ends where the modest supports restore to us the evidence of a body that melts in the background, just as in the past, the faithful gathered in the same messianic body. When the light no longer has an aura to sanctify it, Yohan seems to evoke, without nostalgia, the unresolved faith in the modernity that concerns us, but it is actualized paradoxically by a materialism of light, by a kind of embodiment of the artifice.

While drawing from fragments of urban life, the pedestrian walk, the boarding of dwellings in Seoul and in Paris, Yohan operates movements capable of the seriousness of contemplation and the lightness of the joke.  The body that awakens turns into a slow dance (THREAD, 2017), the crowded bodies of megapoles become video games (GAME BODY, 2014), moulded backs crammed as on bleachers vanish into liturgical staging (108 th, 2015), as many achievements in which the relational effect is imposed on the quality of the object.

A game, a dance, a liturgy, are scenarios of meeting bodies, just like the white cube or the museum, nevertheless, each space retains the specificity and  the own speed. In his videos and assemblies, Yohan, seem to give the body spaces in which to be forgotten, in which to find the other of the body through the mediation of technique. The viewer leaves with empty hands, without direct answers, but at least, these strange positions, these slow repetitions, empty the body of its standard value. We’re looking at gaps, only room for action.

Elias Gama Paez, september 2017

D’innombrables fois, le corps comme motif a été mobilisé au nom de l’art, c’est un thème suffisamment à la portée pour concerner tout le monde. Souvent, il est question d’une dichotomie fondatrice comme celle de l’âme et du corps, mais aussi d’un espace de résistance contre la marchandisation générale de l’expérience. C’est sur ce fond que le travail de Yohan s’installe, non comme affirmation du corps, mais comme un effacement qui dit l’interstice liant les corps. Par divers procédés d’amplification, de traduction et de transcription, les gestes du corps sont isolés et spatialisés.  Le corps donc se dédouble, se démultiplie jusqu’à l’anéantissement, et l’on se demande ce que l’on peut bien tirer des événements immersifs proposés par l’artiste. 

 

Bien que certaines pièces comme (IN)VISIBILITY de 2016, aspirent au spectaculaire, alignées sur la tradition de l’œuvre d’art totale, une certaine précarité de la nature des objets désuets (des néons qui ne marchent plus), obsolètes (l’esthétique des anciens jeux vidéo), et bancales (du bêton, des colsons), qu’il emploie dans l’élaboration de ses pièces, indique que l’objet de l’œuvre se trouve plutôt dans la situation qu’elle est en mesure de générer que sur l’exploit technique. Les vestiges technologiques font parfois office de vanité contemporaine, l’assemblage des néons éteints et des néons allumés font penser à des longs cierges qui veillent dans la nuit de l’église.  L’illusion s’arrête là où les supports modestes nous restituent l’évidence d’un corps qui se fond dans le décor, tout comme jadis, les fidèles se rassemblaient dans un même corps messianique. Lorsque la lumière n’a plus d’aura pour la sanctifier, Yohan semble évoquer, sans nostalgie, l’irrésolu  de la foi dans la modernité qui nous concerne, mais elle est actualisée de manière paradoxale par un matérialisme de la lumière, par une sorte d’incarnation de l’artifice.

 

Tout en puisant des fragments de la vie urbaine, la marche des piétons, l’arraisonnement des logements à Séoul et à Paris, Yohan opère des déplacements capables du sérieux de la contemplation et de la légèreté de la plaisanterie.  Le corps qui s’éveille se transforme en danse lente (THREAD, 2017), les corps entassés des mégapoles devient jeu vidéo (GAME BODY, 2014), des dos moulés entassés comme sur des gradins se volatilisent en mise en scène liturgique (108 th, 2015), autant de réalisations dans lesquelles l’effet relationnel s’impose sur la qualité de l’objet.

 

Un jeu, une danse, une liturgie, sont des scenarios de rencontre des corps, tout comme le white cube ou le musée, néanmoins,  chaque espace conserve sa spécificité et sa propre vitesse. Dans ses vidéos et ses assemblages, Yohan, semble donner au corps des espaces dans lesquels s’oublier, dans lequel trouver l’autre du corps par la médiation de la technique. Le regardeur part avec les mains vides, sans réponses directes, mais du moins, ces étranges positions, ces répétitions lentes, vident le corps de sa valeur d’étendard. Nous sommes devant des interstices, seule marge pour l’action.

Elias Gama Paez, septembre 2017